Les variations du rapport fourrage / concentré et leurs conséquences

Les variations du rapport fourrage / concentré et leurs conséquences
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Les aliments qui composent la matière sèche d’une ration peuvent être subdivisés en trois catégories:

  • Fourrages
  • Concentrés
  • Minéraux et vitamines.

La quantité de fourrages dans la ration doit être maximale parce qu’ils sont, en général, des sources de nutriments très économiques. Selon le stade de lactation et la qualité des fourrages, ces derniers peuvent représenter de 45% (ration pour vaches en début de lactation) à 98% (ration pour vaches taries) de la matière sèche de la ration. Les concentrés varient de 0 à 55% de la ration et les minéraux et vitamines varient, en général, entre 0,5 et 2,0% de la matière sèche de la ration.

 

1 Le rapport fourrage-concentré et l’énergie dans la ration :

Les rations pour vaches laitières sont souvent décrites en terme du rapport fourrage-concentré. Cette méthode est simple et offre un bon guide pratique pour l’alimentation des vaches laitières. En général, les fourrages sont riches en fibres, et donc ils sont pauvres en énergie. Par contre, la plupart des concentrés sont pauvres en fibres et ils sont riches en énergie. Donc, une ration avec un rapport fourrage-concentré élevé, aura une densité énergétique plus faible qu’une ration avec un rapport fourrage-concentré faible. En général, les rations contenant plus de 65% de concentrés (moins de 35% de fourrages) ont une densité énergétique élevée, mais provoquent des problèmes de santé dus principalement au manque de fibres dans la ration (acidose du rumen), selon Wattiaux, (1994).

Le lait produit à partir de ces rations contient un très faible pourcentage de matière grasse   (moins de 2,5%). En plus, ces rations sont en général plus chères parce que les concentrés sont souvent achetés et ils sont plus chers que les fourrages produits à la ferme.

 

2 Le rapport fourrage-concentré et le volume de la ration :

Le volume d’un aliment est en relation étroite avec son contenu en fibres. Plus il y a de fibres, plus le volume de l’aliment est élevé par unité de poids. Les fourrages sont des aliments grossiers riches en fibres et donc caractérisés par un grand volume par contre, les concentrés sont pauvres en fibres et donc ils sont caractérisés par un faible volume par unité de poids. Le volume d’une ration varie donc en relation étroite avec son rapport fourrage-concentré. Une ration équilibrée riche en fourrages est plus volumineuse qu’une ration contenant la même quantité d’énergie mais formulée avec plus de concentrés

Lorsque le volume d’une ration est élevé, le volume du rumen peut être comblé sans que la vache ne puisse ingérer suffisamment d’énergie pour subvenir à ses besoins. Par contre une ration riche en concentré peut être ingérée complètement, mais elle est probablement non économique et peut nuire à la santé de la vache. Donc la ration équilibrée avec le meilleur rapport fourrage-concentré est celle qui maximise l’utilisation des fourrages mais maintient un volume compatible avec la capacité du rumen. Ce rapport fourrage-concentré optimal dans la ration maximise la production laitière et préserve la santé de la vache. En plus, cette ration est probablement la plus économique.

 

3 Effet de la qualité du fourrage sur le rapport fourrage-concentré optimal

Quel que soit le rapport fourrage-concentré dans la ration, lorsque la qualité du fourrage augmente, l’ingestion de matière sèche de la ration augmente. Cependant, la qualité des fourrages influence aussi le rapport fourrage-concentré optimum dans la ration. Selon la qualité du fourrage, la même production laitière peut être obtenue avec un pourcentage de fourrage dans la ration qui varie de 30 à 70%. La paille est un fourrage de qualité pauvre contenant 85% de fibres. Une ration riche en paille est donc très volumineuse, et la quantité d’énergie ingérée à partir de la paille sera très limitée. Dans ce cas, pour permettre à la vache de produire à son potentiel génétique (disons 25 kg de lait), la paille devra être limitée à 35% de la ration et le concentré devra représenter 65% de la ration. La matière sèche totale ingérée sera de plus ou moins 17 kg et la ration contiendra ± 6 kg de matière sèche de paille et ± 11 kg de matière sèche du concentré. Cette ration sera probablement très chère. Par contre, l’ingestion totale et le pourcentage de fourrage dans la ration peuvent être augmentés si les fourrages sont de meilleure qualité. Avec un fourrage, tel qu’une jeune légumineuse contenant 40% de fibres, 25 kg de lait peut être obtenu avec une ration contenant 70% de fourrages et seulement 30% de concentrés (Figure 16). L’ingestion totale de cette ration sera de ± 21 kg de matière sèche (14.7 kg de bon fourrage et  6.3 kg de concentrés) (Wattiaux, 1994).

Pour Wheeler (1996) la quantité de concentrés nécessaire pour une vache dépend non seulement de la qualité du fourrage, mais aussi de sa production laitière, par exemple, une vache de 600 kg alimentée avec un fourrage de haute qualité et produisant 23 kg de lait contenant 4% de matière grasse doit recevoir 3,2 kg de matière sèche de concentré par jour, par contre une vache             de 600 kg alimentée avec un fourrage de haute qualité et produisant 17 kg de lait contenant 4 % de matière grasse doit recevoir 0.7 kg de matière sèche de concentré par jour ,comme l’indique le tableau 10.

Figure 16 : Effet de la qualité du fourrage sur le rapport fourrage-concentré optimal dans la ration des vaches laitières. (Wattiaux, 1994).
Figure 16 : Effet de la qualité du fourrage sur le rapport fourrage-concentré optimal dans la ration des vaches laitières. (Wattiaux, 1994).

4  Effets du rapport fourrage-concentré sur l’appétit de la vache

Lorsque les vaches sont nourries avec de grandes quantités de fourrages et peu de concentré, la ration est pauvre en énergie et l’ingestion est limitée par la capacité physique du rumen. Sous ces conditions, offrir plus de concentrés aura les effets suivants:

  • augmentation de l’ingestion totale. Ceci se produit parce que la ration est plus dense par kilo de matière sèche.
  • Déclin de l’ingestion des fourrages. Ceci se produit parce que la ration contient plus de concentrés: des aliments plus appétissants que les fourrages.
  • Augmentation de la production de lait. Ceci se produit parce que la ration a une densité énergétique plus élevée ce qui permet à la vache de disposer de plus d’énergie.

L’ingestion de matière sèche et d’énergie augmente lorsque les concentrés sont ajoutés à une ration riche en fourrages. Un kilo de concentré contient en général 1,3 à 1,5 fois plus d’énergie qu’un kilo de fourrage. Avec l’augmentation de l’ingestion des concentrés, l’ingestion de fourrages diminue à un rythme accéléré. Par contre lorsqu’une vache est nourrie avec peu de fourrages et beaucoup de concentré la ration est riche en énergie et l’ingestion est contrôlée par les besoins énergétiques de la vache. La vache peut subvenir à ses besoins sans devoir manger à la capacité maximale de son rumen. Dans ce cas, l’addition de concentrés provoque une diminution de l’ingestion de la ration.

L’appétit de la vache diminue parce qu’elle obtient la même quantité d’énergie avec moins d’aliments.

 

Tableau 10 : Quantité de matière sèche de concentré à offrir pour différents niveaux de production laitière pour un vache nourrie avec des fourrages de différentes qualités: pauvre, moyenne et bonne. (Wheeler, 1996).

 

Production laitière lorsque la qualité du fourrage est Vache de 600 kg

Matière grasse du lait(%)

Vache de 500 kg

Matière grasse du lait (%)

pauvre Moyenne bonne 3.0 3.5 4.0 4.0 4.5 5.0 5.5
4 13
6 15 0.5 0.7 0.8 1.0
8 17 0.2 0.5 0.7 1.3 1.6 1.8 2.0
2 10 19 1.0 1.2 1.5 2.2 2.5 2.7 3.0
4 12 21 1.7 2.0 2.4 3.0 3.4 3.7 4.0
6 14 23 2.4 2.8 3.2 3.9 4.3 4.6 5.0
8 16 25 3.2 3.6 4.0 4.7 5.1 5.6 6.0
10 18 27 3.9 4.4 4.9 5.6 6.0 6.5 7.0
12 20 29 4.6 5.2 5.7 6.4 6.9 7.5 8.0
14 22 31 5.4 6.0 6.6 7.2 7.8 8.4 9.0
16 24 33 6.1 6.8 7.4 8.1 8.7 9.4 10.1
18 26 35 6.8 7.5 8.3 8.9 9.6 10.3 11.1
20 28 37 7.6 8.3 9.1 9.8 10.5 11.3 12.1
22 30 39 8.3 9.1 9.9 10.6 11.4 12.2 13.1
24 32 41 9.0 9.9 10.8 11.4 12.3 13.2 14.1
26 34 43 9.8 10.7 11.6 12.3 13.2 14.1 15.1
28 36 45 10.5 11.5 12.5 13.1 14.1 15.1 16.1
30 38 47 11.2 12.3 13.3 14.0 15.0 16.0 17.1
32 40 49 11.9 13.0 14.1 14.8 15.9 17.0
42 51 12.7 13.8 15.0 15.6 16.8 17.9
44 53 13.4 14.6 15.9 16.5 17.1
55 14.1 15.4 16.7 17.3
57 14.9 16.2 17.5
59 15.6 17.0

 

5 Effet du rapport fourrage-concentré sur le taux butyreux

Le rapport fourrage /concentré, qui détermine la teneur en fibres et en glucides cytoplasmiques de la ration, est un important facteur de variation de la teneur en matière grasse du lait. Le taux butyreux (TB) du lait diminue quand la part des aliments concentrés dans la ration augmente. Mais ce n’est qu’avec des proportions très élevées d’aliments concentrés (plus de 40% de la matière sèche de la ration) que le taux butyreux chute de façon nette. Cette chute peut varier     de 3 à 10 g/Kg de lait selon le type d’aliments complémentaires et/ou la nature du fourrage utilisé (Journet et Chilliard, 1973).

Simultanément, le taux protéique (TP) est généralement amélioré mais avec une amplitude de variation plus faible, en raison le plus souvent de l’augmentation du niveau énergétique de la ration. Selon Cauty et Perreau, (2003), si la sélection génétique améliore ou détériore conjointement le TB et le TP, l’alimentation est capable de privilégier le TP  par rapport au TB, en recherchant un rapport TP / TB égal ou supérieur à 0.85.

Il est alors important d’incorporer du fourrage dans la ration à raison d’au moins 40% de la matière sèche (MS) totale  et d’assurer l’équilibre de la ration des vaches laitières en fibres

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