Phytopathologie - cours

Utilisation des huiles essentielles dans la lutte contre les ennemis des cultures

Définition des huiles essentielles III.8. Principales techniques de détermination de l'activité antimicrobienne des huiles essentielles Utilisation des huiles essentielles dans la lutte contre les ennemis des cultures

L’importance du rôle joué par les huiles essentielles a été démontrée depuis des millénaires d’années. Actuellement, elles peuvent être efficaces contre plusieurs ennemis de cultures.

1-Contre les insectes:

L’effet des huiles essentielles a fait l’objet de nombreuses recherches contre plusieurs insectes appartenant à plusieurs ordres, elles provoquent la toxicité soit par:
-Inhalation: due par l’abondance des composés volatiles sur les insectes adultes.
-Contact: par la formation de film imperméable qui suffoque l’insecte (larvicide) soit en inhibant l’éclosion des œufs (ovicide) ou en bloquant son développement et sa  multiplication.
-Ingestion: se fait lorsque ces huiles pénètrent à l’intérieur de l’insecte et bloque l’activité alimentaire des larves (Philogene et al., 2005, Regnault-Roger,2005).
Ainsi, l’efficacité des huiles essentielles du céleri : Apium graveolens (Apiaceae), d’oranger douce :Citrus sinensis (Rutaceae), de gommier bleue : Eucalyptus globulus (Myrtaceae),de laurier noble : Laurus nobilis (Lauraceae), de lavande :  Lavandula  hybridae, de basilic : Ocimum basilicum, d’origan : Origanum vulgare, du romarin : Rosmarinus officinalis (Lamiaceae) et du Thuya d’orient :  Thuja orientalis (Cupressaceae)  a été mentionnée contre un ravageur des denrées stockées Acanthoscelides obtecus (Bruchidae) (Papachritos et Stampoulos, 2002).
Regnault-Roger (2005) affirme que les huiles essentielles de thym (Thymus vulgaris), de l’origan  (Origanum  vulgare),  du  romarin  (Rosmarinus  officinalis),  du  basilic (Ocimum basilicum), de la sauge (Salvia officinalis) et du coriandre (Coriandrum sativum) sont très toxiques vis-à-vis de Acanthoscelides obtecus (Coleoptera:Bruchidae), à une dose inférieure à 10 mg/dm3.
En Algérie, l’efficacité de l’activité insecticide de l’huile essentielle de Mentha spictata e t ses composés le 1 ,8 cinéole et le carvone a été relevée vis-à-vis de Rhyzoperta dominica (Khalfi et al., 2006 ) . De même une mortalité de 100% des  adultes  de  ce ravageur après inhalation à une concentration de 0 ,392 mg /cm 3 de l’huile de Artemisia herba alba a été rapportée par Boutekedjiret et al. (2007).
Khalfi et al., (2008) a signalé que les huiles essentielles de l’armoise blanche Artemisia herba alba (Asteraceae), le genevrier Juniperus phoenicea (Cupressaceae) et le faux poivrier Schinus molle (Anacardiaceae) présentent respectivement un pourcentage de répulsivité de 88%, 97% et 95% vis à vis de Rhizopertha dominica (Coleoptera- Bostrychidae).

2-Contre les acariens:

Tunl et Sahinkaya (1998) mentionnent que les huiles essentielles du cumin : Cuminus cyminus, de l’anis vert : Pimpinella anisum (Apiaceae) et d’eucalyptus : Eucalyptus camaldulensis (Myrtaceae), de l’origan : Origanum syriacum (Lamiaceae) sont très toxiques contre l’araignée rouge Tetranychus cinnabarinus (Acari: Tetranychidae)
De même, les huiles essentielles de Origanum glandulosum et de l’armoise blanche Artemisia alba (Asteraceae) provoquent un taux de mortalité de 100% et 99% à des concentrations de 2% et 4% respectivement sur les formes mobiles et 100% à des concentrations de 4% et 2% respectivement sur les œufs de Tetranychus cinnabarinus (Acari: Tetranichidae) (Chouat ,2005).

3-Contre les adventices et les phanérogames parasites:

L’effet des huiles essentielles sur les plantes parasites et les adventices se traduit par  la réduction et l’inhibition de la germination des graines et de la croissance.
Singh et al. (2005) rapportent que l’huile essentielle des feuilles de Eucalyptus citriodora (Myrtaceae) inhibe la germination des graines de Parthenium hysterophorus (Asteraceae) à une concentration de 5 µl/ml, et réduit l’activité respiratoire et chlorophyllienne à une concentration variant de 0 à 100µl /ml.

4-Contre les bactéries:

L’application du thymol : principal composé de l’huile essentielle du thym comme biofumigant réduit significativement l’incidence de la maladie causée par Ralstonia solanacearum (Pseudomonas solanacearum ) sur culture de tomate à 12% à une concentration de 0.7% ( Momol et al., 2005)
De même, l’allicine le composé principal de l’ail Allium sativum (Liliacea) a un effet bactéricide sur la croissance de Agrobacterium tumefaciens, Erwinia carotovora, Pseudomonas syringae pv.maculicola, P.s.pv.phaseolicola, P.s.pv.tomato, et Xanthomonas campestris à raison de 20 µl/l (=280 µg allicine) (Curtis et al., 2004).

5-Contre les champignons:

Oxenham et al., (2005) citent l’activité fongicide de l’huile essentielle du basilic (Ocimum basilicum) (Lamiaceae) contre l’agent causal de la rouille Uromyces fabae sur culture d’haricot (Broad fabae) . L’efficacité des  principaux  composés  le  méthyle chavicole et le linalol de l’huile essentielle de cette même plante inhibe la croissance de la maladie tâche chocolat causée par Botrytis fabae de plus de 78% et 50% à des  concentrations de 1000 ppm et 300 ppm respectivement sur culture  d’haricot. L’application de l’eugénol, un autre composé de l’huile du basilic à 5000 ppm réduit la croissance de ce champignon à 98%.
Kishore et al. (2007) rapportent que les huiles essentielles de la cannelle Cinnamomum zeylanicum (Lauraceae) et la girofle Syzygium aromaticum (Myrtaceae) inhibent la germination de spores de Cercospora arachidicola, Phaeoisariopsis personata et Puccinia arachidis de plus de 90% à une concentration de 0.01% .
Enfin, Soylu et al., (2007) notent que les huiles de l’origan : Origanum  syriacum et  du fenouil : Foeniculum vulgare inhibent la croissance , réduisent le développement de Sclerotinia sclerotiorum dans le sol à des concentrations de 0.3 µg/ml et 0.2 µg/ml et augmentent les rendement des plants de tomate .

6-Contre les nématodes:

A l’heure actuelle, plus de 200 espèces de plantes appartenant à 80 familles  différentes sont étudiées pour leurs propriétés nématicides (Djian-Caporalino et al., 2005).
Ainsi, déjà en 1982 (Chatterjee et al.) signalent les propriétés nématicides des huiles essentielles des feuilles de deux espèces de Ocimum (Lamiaceae), en 1991 l’activité nématicide de Hyptis suaveolens (Lamiaceae) connue pour sa richesse en huile essentielle et ses constituants le D-limonene et le menthol a été également rapportée par Sirha et al.(1991)
Ces dernières années les travaux de recherche dans ce sens se sont développés contre les Meloidogyne mais aussi contre de nombreux nématodes phytophages. Parmi une dizaine d’huiles essentielles extraites de plantes appartenant à différentes familles botaniques testées sur des mâles, des femelles et des juvéniles de Bursaphelenchus xylophilus les plus efficaces sont celles de l’ail (Allium sativum) et de la cannelle (Cinnamomum verum). L’huile essentielle de galanga camphré (Kaempferia galanga) provoque une mortalité de 100% vis- à-vis de Bursaphelenchus xylophilus à une concentration de 60µg /ml (Park et al., 2005; Choi et al., 2006).
Auger et Thibout, (2005) notent que la cystéine qui  est  le constituant principal de  l’ail Allium grayi et Allium fistulosum (Alliaceae) a un effet ovicide et larvicide sur les nématodes à galles Meloidogyne incognita. Selon, ces mêmes auteurs l’efficacité nématicide de l’huile essentielle de l’ail a été également mentionnée contre Heterodera schachti, Pratylenchus sp. et Globodera sp.
Les huiles essentielles du thym inhibent l’éclosion de larves L2 de deuxième stade de Meloidogyne javanica à une concentration de 1000 µl/l (Perez et Lewis; 2006).
Certains travaux ont permis l’isolement et la caractérisation de certains principes actifs, c’est le cas de la serpentine extraite de la pervanche de Madagascar efficace à 0.5 % contre les Meloidogyne (Djian-Caporalino et al., 2006).
Ces données montrent l’intérêt que suscite l’utilisation des substances naturelles comme méthode alternative contre plusieurs organismes nuisibles et maladies.
De plus, elles peuvent assurer un contrôle plus durable car elles sont biodégradables  et non polluantes.

Source:

MEZERKET, Amina 2010 . Evaluation de l’efficacité des huiles essentielles de quelques plantes contre Meloidogyne incognita (White et Kofoid, 1919) Chitwood 1949 ( Nematoda : Meloidogynidae)

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