Résistance de dromadaire à la soif et à la déshydratation

Résistance de dromadaire à la soif et à la déshydratation
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Parmi tous les animaux herbivores domestiques, le dromadaire est le mieux adapté à la soif et à la déshydratation. Cet atout qu’il possède suscite beaucoup de questions en ce qui concerne le mécanisme et l’origine réelle de cette adaptation propre à cet animal.

Cauvet (1925-1926), rapporte que sa faculté de rester plusieurs jours sans boire est en relation étroite avec la conformation de son estomac et notamment la présence de cellules aquifères. Pour Wilson, cité par Narjisse (1989), les capacités exceptionnelles du dromadaire à économiser l’eau sont mises en évidence par le niveau des besoins en eau nettement inférieur aux normes reconnues chez les autres espèces. A cela s’ajoute une meilleure efficacité de la conservation de l’eau par le biais d’une régulation de l’excrétion fécale et urinaire et des pertes d’eau par thermorégulation. En effet, le dromadaire émet des urines concentrées et ses reins sont capables de produire des urines presque 2 fois plus concentrées que l’eau de mer (Charnot in Gauthier- Pilters 1977). Par ailleurs Sibert & Mcfarlane (in Gauthier- Pilters 1977) ont relevé chez les dromadaires abreuvés à volonté en été à des températures de 35- 42°C, des rejets d’urines pouvant atteindre 9,3 litres en 24 h mais cette quantité passait à 2,8 litres juste après un jour sans abreuvement. De plus, en ajoutant du Na Cl à l’eau de boisson (0,25 à 5,50 %) le dromadaire ingère 2 à 4 fois plus d’eau et rejette 0,7 à 3,9 litres d’urines par jour.
Selon Faye & Bengoumi (2002), l’extraordinaire résistance à la déshydratation et à la soif du dromadaire ne relève pas de sa capacité légendaire imaginée jusqu’à une période récente de mettre de l’eau en réserve. Ces auteurs expliquent ces mécanismes d’adaptation à la déshydratation par :

• la réduction des pertes hydriques par le processus d’économie ;
• le maintien de l’homéostasie, la régulation de la concentration des paramètres vitaux et une excrétion maximale des déchets métaboliques ;
• les variations quotidiennes de la température corporelle pouvant dépasser 6 °C en été chez l’animal déshydraté. En effet, la température corporelle d’un dromadaire déshydraté varie en fonction de la température ambiante. La valeur minimale est 34 °C et la maximale de 42 °C. A titre indicatif, une élévation de la température de 6 °C chez un dromadaire de 600 Kg permet d’économiser 5 litres d’eau par jour. Ce qui lui permet d’une part de stocker de l’énergie dissipée la nuit sans perte d’eau et d’autre part, de réduire les gains de chaleur qui proviennent de l’extérieur, d’où une diminution de l’évapotranspiration ;
• Par ailleurs, le dromadaire présente une formation vasculaire dans les sinus nasaux, appelée  » réseau admirable » qui abaisserait la température du cerveau. De fait, celle-ci est plus basse que la température rectale d’environ 1°C. De plus le dromadaire déshydraté dispose d’autres mécanismes qui lui permettent de diminuer ses pertes hydriques : il lutte contre la chaleur par la réduction de la surface corporelle en contact avec les rayons solaires (orientation en face du soleil) et aussi par la modification saisonnière du pelage (plus court en été) ;
• L’efficacité de la toison joue un rôle dans l’économie de l’eau. Le dromadaire excrète également des fèces très sèches.

Cet animal est le seul herbivore domestique qui est capable de perdre près du tiers de son poids en eau sans mettre sa vie en danger et de le récupérer après abreuvement alors que la majorité des animaux périrait si la déshydratation dépassait 15 % du poids vif. A titre indicatif, Peyre de Fabrègues (1989) rapporte qu’après plusieurs jours sans abreuvement, le dromadaire peut boire 130 litres d’eau en une seule prise mais il reste un long moment avant de pouvoir fournir un effort. Ce qui lui permet de récupérer rapidement son poids perdu lors de la privation d’eau. Les travaux de Schwartz et de Dioli effectués au Kenya (in Faye, 1997) ont montré que le dromadaire résiste sans difficulté majeure à des pertes hydriques supérieures à 25-30 % (Figure 1).

Figure 1 : Composition corporelle du dromadaire hydraté et déshydraté après 9 jours de privation d'eau ( Schwartz et Dioli, Kenya in B. Faye 1997)
Figure 1 : Composition corporelle du dromadaire hydraté et déshydraté après 9 jours de privation d’eau ( Schwartz et Dioli, Kenya in B. Faye 1997)

Sur cette figure, excepté le compartiment des solides, nous constatons une diminution du volume des autres compartiments étudié, surtout ceux du contenu alimentaire, et celui des organes et des cellules. Le plasma et le tissu interstitiel n’ont subit qu’une légère diminution de volume.

Mais, Bengoumi & Faye (2002) ont montré qu’une perte hydrique totale de 20 % du poids total corporel engendrée par la privation d’eau, s’accompagne d’une diminution d’eau répartie d’une manière inégale entre les différents compartiments et surtout dans le milieu intracellulaire et dans les cavités digestives. Contrairement à ce qui s’observe sur la figure 8, ces auteurs ont montré une légère augmentation du compartiment du liquide plasmatique qu’ils expliquent par le transfert d’eau des milieux intracellulaire, interstitiel et des cavités digestives vers le milieu plasmatique lors de la déshydratation.

En cas de déshydratation, pour compenser les pertes hydriques, le dromadaire est capable d’ingérer une grande quantité d’eau en un minimum de temps. La récupération du poids initial du dromadaire intervient généralement après deux ou trois abreuvements à quelques heures d’intervalle et la quantité ingérée peut alors dépasser facilement 100 litres au premier abreuvement. Cependant, la quantité d’eau ingérée par le dromadaire dépend de la qualité de l’alimentation (richesse en matières sèches), de la température externe, de son état de déshydratation. Elle varie dans le temps, d’un mois à l’autre, d’une saison à l’autre et enfin, selon les conditions dans lesquelles il est abreuvé, d’une région à une autre. En effet, en saison fraîche, avec une alimentation riche en fourrages verts, le dromadaire se suffit de la quantité d’eau disponible dans la ration et peut se passer de boire pendant un mois. En saison chaude, avec une alimentation plus sèche, un abreuvement hebdomadaire est nécessaire (GauthierPilters, 1969).

Selon cet auteur, en 1970 dans la moyenne Mauritanie, la bonne qualité des pâturages d’hiver et de printemps dispensait les dromadaires de boire pendant sept mois. Ainsi cela leur permettait d’accéder aux pâturages très éloignés des puits, pâturages qui n’avaient pas été utilisés depuis longtemps.

Enfin, contrairement à la légende, la bosse du dromadaire n’est pas une réserve d’eau mais une concentration de tissus adipeux qui constitue une réserve d’énergie. Sa présence sur le dos de l’animal lui assure également un rôle dans la thermorégulation. En effet, la concentration des réserves adipeuses limite leur répartition sous la peau et donc facilite la dissipation cutanée de la chaleur (Faye, 1997).

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