Production végétale - cours

Propriétés thérapeutiques des truffes

Origine de la truffe Propriétés thérapeutiques des truffes

1 Utilisation en médecine traditionnelle

  • Tuber

Les qualités médicales et culinaires des truffes sont connues depuis longtemps. Pagnol, en 1983 rappelle que le docteur Devergie (1849) prescrivait l’eau de truffe contre les vomissements, diarrhées des cholériques, phtisie, gastralgies, etc. C’est ainsi que de nombreux médecins, vétérinaires et pharmaciens se sont intéressés à ces champignons. (Callot, 1999).

  • Truffes du désert

Les truffes du désert sont utilisées en médecine traditionnelle depuis plus de 2000 ans sans qu’il y ait des effets néfastes pour les consommateurs de ce champignon (AlRahmah, 2001).

L’extrait des truffes du désert était utilisé au Moyen-Orient (Irak, Arabie Saoudite et à l’Est de Jordanie) pour traiter les infections oculaires (Abu-Rabia, 1983). Les bédouins l’utilisaient aussi comme remède contre le trachome et les infections cutanées (Bokhary et al., 1987).

2 Molécules à intérêt pharmacologique extraites à partir des truffes

Hanan et al. (1989), ont étudié les facteurs mutagénique et antimutagénique des extraits d’une truffe de désert qui est Tirmania pinoyi avec différents solvants. Ils ont trouvé que l’extrait aqueux et éthanolique de T. pinoyi ne montraient aucune activité mutagénique vis-à-vis de Salmonella TA98 et TA100, tandis que l’extrait au chloroforme de cette espèce montrait une forte activité mutagénique. Cependant, l’extrait éthanolique de T. pinoyi combiné avec des produits connus comme cancérigènes, par exemple le benzo[a]pyrene ou le 7,12-diméthyle-benz[a]anthracene, inhibe l’activité mutagénique de ces produits.

Pérez-Gilabert et al. (2005a), ont réussi à isoler une lipoxygénase à partir d’une truffe du désert, en l’occurrence Terfezia claveryi Chatin. Cette enzyme catalyse l’addition d’oxygène dans les doubles liaisons des acides gras non saturés, avec formation de dérivés peroxydés.

Le substrat le mieux connu est l’acide linoléique et son dérivé, l’acide arachidonique.

La lipoxygénase de T. claveryi a un poids moléculaire de 66 KDa, son pH optimum est de 7.0. Elle montre une très grande affinité pour les substrats comme les acides linoléique et linolénique (Pérez-Gilabert et al., 2005a et b).

Cette même équipe a réussi à isoler une estérase à partir d’ascocarpes de Terfezia claveryi Chatin. Cette enzyme est capable de séparer l’alcool et l’acide combinés dans un ester. Cette estérase présente une activité maximale à un pH de 7.4 et une température de 60oC (Pérez-Gilabert et al., 2005c).

Stanikunaite et al. (2009) ont étudié l’inhibition de la cyclo-oxygénase-2 et l’activité antioxydante des composés extraits à partir d’une fausse truffe (Elaphomyces granulatus).

L’extrait éthanolique du corps fructifère d’Elaphomyces granulatus a été testé sur l’inhibition de la cyclo-oxygénase-2 (Cox-2) et pour son activité anti-oxydante. Cet extrait à causé une inhibition de Cox-2 de 68% et a montré une activité anti-oxydante (Stanikunaite et al., 2009).

Ils ont pu identifier deux substances bioactives extraites à partir d’Elaphomyces granulatus : le syringaldehyde et l’acide syringique. Le 1er composé inhibe modérément Cox-2 tandis que l’acide syringique l’inhibe fortement. Ce composé montre une forte activité anti-oxydante, par contre la syringaldehyde ne montre aucune activité (Stanikunaite et al., 2009).

Les inhibiteurs de la cyclo-oxygénase-2 sont des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) qui inhibent la production des prostanoïdes primaires en bloquant l’accès de l’acide arachidonique au site actif des cyclo-oxygénases (COX). Parce que les prostanoïdes produits par COX-1 semblent jouer un rôle physiologique (protection de la muqueuse gastrique, agrégation plaquettaire, homéostasie vasculaire, maintien de l’équilibre hydrosodé) tandis que ceux produits par COX-2 semblent intervenir principalement dans la réponse inflammatoire et dans quelques processus associés à la prolifération cellulaire, est née l’hypothèse que les AINS (anti-inflammatoire non stéroïdien) inhibant spécifiquement COX-2 pourraient théoriquement conserver les propriétés thérapeutiques des AINS tout en ayant moins d’effets indésirables grâce au maintien de la production de prostaglandines physiologiques ( Jeandel, 2000).

Une surexpression de COX-2 est décrite dans la majorité des cancers colorectaux. Les données épidémiologiques, les études cliniques et les études expérimentales chez l’animal démontrent que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), inhibiteurs des deux isoformes de COX, ont un effet protecteur vis-à-vis de ces cancers. Des inhibiteurs sélectifs de COX-2 ont été récemment développés. Ceux-ci sont dénués de la toxicité gastro-intestinale des AINS. Ils apparaissent donc être des agents de chimio-prévention prometteurs. Cependant, leur mécanisme d’action est actuellement mal connu (Buecher et al., 2002).

3 Effets antibiotiques des truffes

  • Tuber

Pacioni (1991) a mentionné que 03 substances produites par Tuber aestivum et Tuber melanosporum, réduisent le développement des 03 souches microbiennes testées (Penicillium vinaceum, Aspergillus alliaceus et Pseudomona sp.).

Ces 03 substances sont en fait, 03 aldéhydes : 2-méthyle propanal, 2-méthyle butanal et 3-méthyle butanal).Les doses létales de ces 03 substances sont regroupées dans le tableau 1.

Tableau 1 : Doses létales (DL50) des métabolites secrétés par Tuber (Pacioni, 1991).

Tableau 1 : Doses létales (DL50) des métabolites secrétés par Tuber (Pacioni, 1991).

  • Truffes du désert

Rougieux (1963) a étudié l’effet inhibiteur des extraits à l’acétate d’amyle de Terfezia Boudieri Chatin sur le développement de Staphylococcus aureus et a constaté la présence des zones d’inhibition de faible diamètre, au maximum 4 mm, il a conclu que cet extrait n’a pas un effet antibiotique très intense.

Al-Marzooky (1981), a démontré que l’extrait aqueux de Terfezia claveryi était efficace contre le développement du microorganisme responsable du trachome, en l’occurrence Chlamydia trachomatis. Cependant des essais cliniques pilotes conduit par cet auteur, sur des patients atteints de trachome, ont prouvé que la durée d’efficacité de cet extrait était plus longue que celle des antibiotiques standards utilisés pour traiter cette infection. 

Chellal et Lukasova (1995) ont travaillé sur l’activité biologique des extraits issus de gléba de Terfezia boudieri et Tirmania pinoyi sur différentes espèces bactériennes (Bacillus subtilis H17, Bacillus subtilis M45, Staphylococcus aureus, Staphylococcus non pathogène, Streptococcus pyogenes et Pseudomonas aeruginosa) et une levure (Kluyveromyces fragilis). Leur étude a montré que l’extrait méthanolique à 450 C de Tirmania pinoyi (zone d’inhibition 11mm) est moins bactériostatique que celui de Terfezia boudieri (zone d’inhibition 20 mm) (Tableau 2).

Tableau 2 : Zones d’inhibitions des différents extraits de Terfezia boudieri et Tirmania pinoyi (Chellal et Lukasova., 1995).

Tableau 2 : Zones d’inhibitions des différents extraits de Terfezia boudieri et Tirmania pinoyi (Chellal et Lukasova., 1995).

Les valeurs indiquées en rouge : substances à activité biologique

Chellal a suggéré fortement que la substance bioactive inconnue et isolée des terfez était proche de la structure de la pristinamycine qui est un antibiotique de la famille des streptogramines (synergistines), il est indiqué dans les sinusites maxillaires aigues, les exacerbations de bronchite chronique, les infections cutanées et les infections ostéoarticulaires.

Les espèces sensibles à cet antibiotique sont :

  • Aérobies à Gram + : Bacillus anthracis, Bordetella pertussis, Corynebacterium, Enterococcus faecium, Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae.
  • Aérobies à Gram – : Legionella, Neisseria.
  • Anaérobies : Actinomyces, Clostridium perfringens.
  • Autres : Chlamydia, Mycoplasma hominis, Mycoplasma pneumoniae, Ureaplasma urealyticum.

Les espèces modérément sensibles:

  • Aérobies à Gram – : Haemophilus.

Et les espèces résistantes :

  • Aérobies à Gram + : Enterococcus faecalis, Rhodococcus equi.
  • Aérobies à Gram – : Acinetobacter, les entérobactéries, Pasteurella, Pseudomonas.

Dennouni (1996), a étudié les activités antibactériennes et antifongiques des extraits du filtrat de culture, de gléba et du mycélium issus des deux espèces de Tirmania (T. nivea et T. pinoyi). Elle a aussi recherché le phénomène d’antagonisme in vitro entre ces deux espèces de Tirmania et des champignons phytopathogènes.

L’extrait du filtrat de culture de T. nivea a été très inhibiteur vis-à-vis de toutes les espèces bactériennes testées (Streptococcus hemolyticus, Salmonella typhi, Escherichia coli, Pseudomonas  aeruginosa, Pseudomonas fluorescens, Proteus mirabilis, Klebsiella sp, Staphylococcus aureus).

Le diamètre des zones d’inhibition variait entre 15 et 35mm (Dennouni, 1996).

Les deux espèces levuriformes testées en l’occurrence, Candida albicans et Rhodotorula mucilaginosa étaient fortement inhibées (30mm). Les champignons phytopathogènes testés présentaient aussi une forte inhibition : Sclerotinia sclerotiorum et Phytophtora. Tandis que l’extrait du filtrat de culture de T. pinoyi semble être inactif aussi bien sur les espèces bactériennes que fongiques (Dennouni, 1996).

L’extrait issu de gléba de T. nivea et T. pinoyi était actif sur les espèces bactériennes testées, les zones d’inhibition étaient de 7 à 15mm avec l’extrait de T. nivea et de 7 à 11mm avec l’extrait de T. pinoyi (Dennouni, 1996).

Les deux levures testées : Candida albicans et Rhodotorula mucilaginosa présentaient des zones d’inhibition : 25mm avec l’extrait de T.nivea et de 19 à 20mm avec l’extrait de T.pinoyi. Par contre les champignons phytopathogènes ne montraient aucune zone d’inhibition en présence des deux extraits (Dennouni, 1996).

L’extrait méthanolique du mycélium des deux espèces de Tirmania n’a montré aucune activité antimicrobienne (Dennouni, 1996).

Le pouvoir antagoniste des deux espèces de Tirmania vis-à-vis des champignons phytopathogènes a été testé. Les confrontations in vitro entre T. nivea et 03 espèces fongiques (Sclerotinia sclerotiorum, Phytophtora et Phoma) ont montré que les substances inhibitrices avaient un effet marqué sur ces 03 espèces. Cependant les résultats avec T. pinoyi et ces 03 espèces fongiques étaient négatifs (Dennouni, 1996).

Mohamed-Benkada (1999), a étudié les activités antibactériennes et antifongiques des extraits de mycélium, du filtrat de culture et de gléba issus de Terfezia claveryi Chatin en utilisant différents solvants. Il a aussi recherché l’existence de phénomène d’antagonisme in vitro entre cette espèce et les champignons phytopathogènes.

Il a noté que l’extrait à l’acétate d’éthyle du mycélium de Terfezia claveryi avait un effet inhibiteur sur la croissance de toutes les espèces bactériennes testées : Pseudomonas aeruginosa ATCC 27853, Staphylococcus aureus ATCC 25923, Escherichia coli ATCC 25922, Streptococcus ATCC 29212, Salmonella typhi. La croissance des espèces fongiques a été aussi ralentie par cet extrait : Candida albicans (18mm), Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici (23%), Fusarium oxysporum f. sp. albedinis (25%), Fusarium oxysporum f. sp. lentii (22.2%), Phytophtora sp. (86.6 %). Cependant l’extrait méthanolique du mycélium n’a montré aucun effet inhibiteur sur la croissance des microorganismes testés (Mohamed-Benkada, 1999).

L’extrait à l’acétate d’éthyle du filtrat de culture montrait une bonne activité antimicrobienne, les 04 souches bactériennes testées étaient sensibles à cet extrait :

Pseudomonas fluorescens, Staphylococcus aureus, Escherichia coli, Salmonella typhi. Les zones d’inhibitions étaient entre 11 et 25mm. Les 05 souches fongiques ont montré aussi une sensibilité à cet extrait : Candida albicans (11mm), Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici (22.3%), Fusarium oxysporum f. sp. albedinis (21.7%), Fusarium oxysporum f. sp. lentii (24.3%), Phytophtora sp. (89%) (Mohamed-Benkada, 1999).

L’extrait à l’acétate d’éthyle de gléba fraîche a montré que 02 souches bactériennes taient sensibles, en l’occurrence : Salmonella typhi (15mm) et Staphylococcus aureus (17mm), tandis que cet extrait n’a montré aucune activité antifongique.

L’extrait acétonique de gléba fraîche n’avait aucun effet sur la croissance des espèces bactériennes (Salmonella typhi, Staphylococcus aureus et Pseudomonas aeruginosa) et fongiques testées (Candida albicans, Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici, Fusarium oxysporum f. sp. albedinis, Fusarium oxysporum f. sp. lentii, Sclerotinia sclerotiorum, Phytophtora sp.) (Mohamed-Benkada, 1999).

Le pouvoir antagoniste de Terfezia claveryi vis-à-vis des champignons phytopathogènes (Fusarium oxysporum f. sp. lycopersici, Fusarium oxysporum f. sp. albedinis, Fusarium oxysporum f. sp. lentii, Phytophtora sp.) a été testé. Le pourcentage d’inhibition est de 100% pour les 04 espèces fongiques (Mohamed-Benkada, 1999). Il a conclu que les principes actifs de Terfezia claveryi se rapprochaient plus des benzoquinones.

Janakat et al. (2004) ont travaillé sur Terfezia claveryi d’Irak. La purification partielle de l’extrait aqueux de Terfezia claveryi par la précipitation sélective avec du sulfate d’ammonium a généré 04 fractions. Seule la 3ème fraction a montré une activité antimicrobienne envers Staphylococcus aureus (10mm).

Après une chromatographie en gel de cette fraction, ils ont obtenu deux substances (02 pics). La substance représentée par le pic1 a montré une forte activité antimicrobienne (9mm). Cette dernière a été soumise à une chromatographie par échange ionique, seule la substance représentée par le 4ème pic des 06 substances obtenues (06 pics) a montré une faible activité antimicrobienne (3mm) (Tableau 3).

En conclusion, leur étude a démontré que l’extrait aqueux à 5% issu de gléba de Terfezia claveryi inhibe le développement de Staphylococcus aureus ATCC 7624 à 66.4%, tandis que l’extrait méthanolique de Terfezia claveryi n’a montré aucune activité antibiotique vis-à- vis de Staphylococcus aureus. Ils ont conclu que la substance bioactive est de nature protéique.

Tableau 3 : Activité antimicrobienne des différentes fractions purifiées de l’extrait aqueux de Terfezia claveryi contre Staphylococcus aureus (Janakat et al., 2004)

Tableau 3 : Activité antimicrobienne des différentes fractions purifiées de l’extrait aqueux de Terfezia claveryi contre Staphylococcus aureus (Janakat et al., 2004)

En 2005, Janakat et al. ont poursuivi leurs travaux entrepris en 2004. Après fractionnement de l’extrait aqueux de Terfezia claveryi par précipitation sélective, ils ont obtenu 04 fractions. Seule la 2ème fraction a inhibé la croissance de Pseudomonas aeruginosa (10mm). Cette fraction a donné 02 substances (02 pics) après une chromatographie par gel-filtration, la 1ère substance (Pic1) a montré une forte activité antimicrobienne (8mm).

Après une chromatographie échangeuse d’ions de cette dernière (Pic1), ils ont obtenu 03 autres fractions (03pics). Seul le 1er pic a montré une faible activité contre P.aeruginosa (2mm).

Ils ont conclu que l’extrait aqueux à 5% issu de gléba de Terfezia claveryi inhibe le développement de Pseudomonas aeruginosa à 40.9%. Par contre l’extrait méthanolique n’a aucune activité contre cette espèce bactérienne et la substance bioactive est de nature protéique(Tableau4).

Tableau 4 : Activité antimicrobienne des différentes fractions purifiées de l’extrait aqueux de Terfezia claveryi contre Pseudomonas aeruginosa (Janakat et al., 2005).

Tableau 4 : Activité antimicrobienne des différentes fractions purifiées de l’extrait aqueux de Terfezia claveryi contre Pseudomonas aeruginosa (Janakat et al., 2005).

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