Méthodes d’évaluation de la salinité du sol

Réhabilitation des sols salés Méthodes d’évaluation de la salinité du sol
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La salinité du sol peut être évaluée, au laboratoire, par les méthodes conventionnelles qui consistent à prélever des échantillons de quelques centaines de grammes à différentes profondeurs. La quantité de sels est ensuite estimée dans des extraits à l’eau des échantillons, soit à saturation (Richards, 1954), soit en utilisant des rapports fixes sol/eau.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses nouvelles techniques comme dispositif de Wenner(Rhoades et Ingvalson, 1971), la sonde de conductivité électrique de Rhoades (Rhoades, 1976) et l’induction électromagnétique (McNeil, 1980), ont été développé pour mesurer la salinité des sols in-situ.

La technique de l’induction électromagnétique est plus pratique et plus rapide parce que ses mesures ne nécessitent pas d’échantillonnage des sols et leur préparation. Cette technique est maintenant utilisée dans le monde entier pour le suivi des sols affectés par les sels (Sharma and Gupta, 2000).

1.    Méthodes d’évaluation de la salinité au laboratoire :

Au laboratoire, pour évaluer la quantité de sels contenue dans un échantillon de sol, il faut extraire ces sels de 1’échantillon. Pour cela différends méthodes sont utilisées :

1.1.     Extrait de la pâte saturée

Cette méthode a été mise au point par les chercheurs américains de 1’U.S.SalinityLaboratory. Pour extraire les sels on amène le sol préalablement séché à saturation, c’est à dire à sa limite de liquidité d’Atterberg par malaxage avec de l’eau distillée.

En opérant ainsi on cherche à se rapprocher au mieux de ce qui se passe dans le sol, tout en opérant dans des conditions standardisées. Cette façon de faire permet notamment de se rapprocher d’une réalité agronomique, l’humidité étant à proximité de la capacité de rétention, la plus efficiente pour la plante (Le Brusqet Loyer, 1982)

1.2.     Extrait non saturée

Dans cette méthode, une quantité d’échantillon de sol est mélangée avec une quantité d’eau suffisante pour obtenir de fortes dilutions. Le rapport poids sol/poids eau est en général de 1/5 ou 1/10.

Cette méthode est plus facile à réaliser et permet ainsi de faire un grand nombre d’échantillons qui est au contraire difficile, par la pâte saturée.

1.3.     Evaluation de la salinité par l’induction électromagnétique

L’induction électromagnétique peut être utilisée pour mesurer la conductivité électrique apparente du sol (CEa) au champ. Elle est rapide et permet une forte densité de points de mesure. L’application de l’induction électromagnétique dans la caractérisation de la variabilité spatiale de la salinité est largement développée en agriculture de précision (De Jong et al, 1979; Cameron et al, 1981; Job et al, 1987; Boivin et al, 1988; Hendricks et al, 1992; Leschet al, 1995; Hendricks et al, 2002). Cette méthode permet de réaliser des mesures rapides et non destructives avec précision et à différentes profondeurs du sol (Triantafiliset al, 2001).

2.    Le conductivimètre électromagnétique (EM38, Geonics LTD)

2.1 Principe de fonctionnement

L’EM38 a été conçu spécialement par la société Geonics pour la cartographie de la salinité des sols agricoles, et peut être utilisé pour surveiller rapidement de grandes surfaces sans contact avec le sol (FAO, 1999). L’EM38 est un appareil, léger et utilisable par simple lecture dès mise en contact avec le sol. Il en constitué de deux bobines à axes parallèles et coplanaires séparées d’un mètre. La bobine émettrice ou spire primaire SP parcourue par un courant électrique de fréquence f produit un champ magnétique primaire HP de même fréquence qui induit des courants dans le sol supposé homogène. Ces courants produisent à leur tour un champ secondaire HS proportionnel à la conductivité du sol. Ce champ est capté par la bobine réceptrice ou spire secondaire SS.

La conductivité globale apparente mesurée est proportionnelle à HS et HP selon la formule suivante:= .)

Avec :

= conductivité apparente du sol (mS/m : millisiemens par mètre)

= permittivité de l’air

F = fréquence du courant primaire

S = distance interspire

Figure 5. Principe de fonctionnement de l’EM38 (Iddir, 2006)
Figure 5. Principe de fonctionnement de l’EM38 (Iddir, 2006)

2.2.   Mesures verticales et horizontales de l’EM38

L’EM38 peut être utilisé selon deux configurations (Fig.5) :

  • En mode vertical: Les bobines d’induction sont horizontales et les dipôles magnétiques sont verticaux. La profondeur d’investigation est approximativement de 1,5
  • En mode horizontal: Les bobines sont verticales et les dipôles magnétiques sont horizontaux. La profondeur d’investigation est alors réduite à 0.75 m (McNeil, 1980).

Selon Job et al (1987), la contribution d’une couche élémentaire de sol de sol situé à une profondeur z au champ secondaire Hs est une fonction non linéaire de la profondeur. Elle peut se faire de deux manières selon l’orientation des grands axes des solénoïdes de départ, soit perpendiculaire à la surface du sol mesure noté Фv (z), soit parallèlement à celui-ci Фh (z), l’appareil étant alors horizontal (Fig.6)

Figure 6. Conductivimètre électromagnétique EM-38 en mode vertical (V) et horizontal (H)
Figure 6. Conductivimètre électromagnétique EM-38 en mode vertical (V) et horizontal (H)
Figur e 7. Contribution relative d’une couche de sol au champ secondaire suivant sa profondeur dans le sol : фv (CEMV) en mode vertical, фh (CEMH) en mode horizontal. (Corwin et Lesch., 2003).
Figur e 7. Contribution relative d’une couche de sol au champ secondaire suivant sa profondeur dans le sol : фv (CEMV) en mode vertical, фh (CEMH) en mode horizontal. (Corwin et Lesch., 2003).

2.3.     Etalonnage du conductivimètre électromagnétique EM38

L’étalonnage est réalisé, par rapport à la conductivité de l’extrait saturé du sol sur quelques points de mesure représentatifs de la gamme rencontrée. D’autres méthodes d’étalonnage sont également proposées, notamment en étalonnant par rapport à une sonde quadripôle (Corwin et Rhoades, 1982).

Depuis les années quatre-vingt, la méthode d’induction électromagnétique par l’EM38 s’est axée autour de la mesure de la conductivité électromagnétique du sol comprise dans la zone racinaire de la plante. L’étalonnage des lectures données par l’appareil, par rapport à la norme de salinité de l’extrait saturé, telle que déterminée en laboratoire, a été l’objectif de nombreux chercheurs au Canada, USA, Australie et plus récemment en Afrique du Sud (Willem et Vlotman, 2000). Des analyses de régression linéaire et multiples, pour différents profils de sol, ont été déterminées. Les modèles d’étalonnage ont été développés dans les situations où la salinité du sol est le facteur dominant affectant la CEM (Corwin et Rhoades, 1982; Wollenhauptet al, 1986; McKenzie et al, 1989 ; Johnston et al, 1996).

Dans les régions arides et semi-arides, l’étalonnage de la conductivité électromagnétique (CEM) repose sur l’hypothèse de l’uniformité de tous les facteurs du sol qui influencent sur les lectures, à l’exception de la salinité du sol (Amakor, Xystus, 2013).

Parce que la salinité est traditionnellement exprimée en termes de (CE), des efforts considérables ont été entrepris afin d’en déduire cette CE à partir de la CEM par un étalonnage de l’EM38 (McKenzie et al 1989, Norman, 1990b, Johnston 1994, Heath et al 1999, Rhoades et al. 1999). Ces différentes techniques d’étalonnage ont été soumises lors d’un atelier sur l’étalonnage de l’EM38, tenu à New Delhi, en Inde, en 2000. (ILRI, 2000).

Pour l’étude des variations verticales de la conductivité électrique apparente, à partir de mesures de l’EM38, au-dessus du sol, de nombreux chercheurs ont utilisé des relations empiriques (Rhoades et Corwin, 1981; Corwin et Rhoades, 1982; Wollenhauptet al, 1986; Rhoades et al, 1989 et Slavich, 1990) ont utilisé la régression linéaire multiple pour corréler les lectures de l’EM38 avec celles des conductivités électriques mesurées à différentes profondeurs du sol.

Les coefficients obtenus pourraient être utilisés pour prédire la conductivité électrique sol dans les profils de sols, dans les endroits où des mesures directes n’étaient pas disponibles (Hendrickxet al, 2002). Selon ces mêmes auteurs, ces modèles de régression se sont révélés être spécifiques au site. Par conséquent, ces relations donnent des résultats raisonnables dans les lieux pour lesquels ils ont été développés ou dans des endroits présentant des caractéristiques similaires, mais ils ne peuvent pas être extrapolés à des sites ayant des caractéristiques différentes sans étalonnage.

2.3.1. La régression linéaire simple

Pour une même profondeur de sol, un calcul d’une corrélation entre les valeurs de conductivité électromagnétique et celle de conductivité électrique donne une équation de type (Willem F. Vlotman, 2000):

CEps (0-zcm) = ± c ± CEa (0-zcm)

Où :

  • CEa (0-zcm) : la conductivité apparente moyenne du sol sur une profondeur de sol de 0 à z cm (dS / m) ;
  • CEps (0-zcm) : Conductivité électrique (salinité) de l’extrait de pâte saturée d’un sol échantillonné à une profondeur de 0 à z cm (dS / m) ;
  • a : pente de la relation ;
  • c : constante

3.    Avantages de la technique

L’utilisation    de    l’EM38    présente    plusieurs    avantages,    par    rapport    aux    méthodes traditionnelles :

  • les mesures peuvent être prises aussi rapidement que l’on peut déplacer d’un point de mesure à un autre,
  • un grand volume de sol peut être mesurée qui réduit la variabilité et relativement peu mesures donnent une estimation fiable de la propriété moyenne du sol,
  • des mesures dans les sols relativement secs ou rocailleux sont possibles parce que le contact entre le sol et l’appareil n’est pas nécessaire comme dans de la sonde d’électrode,
  • et l’EM38 permet une acquisition de données d’une façon non destructive, moins coûteuse et plus rapide que n’importe quelle autre technique (Triantafiliset al., 2000).

4.    Limites de la technique

Une limitation principale des mesures d’induction électromagnétique est bruit dans l’environnement. Les sources de bruit dans l’environnement peuvent inclure : les lignes électriques, l’énergie éolienne, gros objets métalliques, câbles enterrés, tuyaux, les émetteurs radio, bâtiments et clôtures métalliques.

Source:

MAAMAR Mahmoud 2016.

Cartographie, de salinité dans une parcelle cultivée de la plaine de la Mina (Relizane).

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