La pomme de terre

La fertilisation de la pomme de terre La pomme de terre

1. Introduction

La pomme de terre est une plante d’un intérêt certain pour l’alimentation humaine.

Dans ce chapitre, nous aborderons une étude générale sur la plante de pomme de terre, y compris les historiques, les caractéristiques, les exigences écologiques, les techniques culturales et son importance économique, alimentaire et industrielle dans le monde et en Algérie.

2.     Historique de la pomme de terre

Plante originaire d’Amérique du Sud, cultivée essentiellement pour ses tubercules très riches en amidon, utilisés pour l’alimentation humaine et par l’industrie de l’amidonnerie (Solanum tuberosum, famille des solanacées).

Cultivée depuis des temps très anciens par les populations de la chaîne des Andes, appelée

« papa » par les Espagnols, la pomme de terre a été introduite en Europe vers la fin du XVIe siècle. Le développement de sa culture n’a cependant démarré qu’au cours du XVIIIe siècle, à la suite des efforts de promotion de Parmentier en France et du travail des sélectionneurs, (Marcel, 2002). Ce n’est qu’en 1716 qu’il fut connu sous le nom de ” pomme de terre ” (Saint,Sd).

Le genre Solanum compte environ 1 000 espèces dont 200 environ sont tubéreuses. Les régions d’origine et de diversification s’étendent du Chili au Venezuela, le long de la Cordillère des Andes, jusqu’au nord du Mexique et au sud-ouest des États-Unis. Leur habitat s’étage de 0 à 4 000 m, avec une large gamme de températures et de pluviométries dont sont exclues les zones basses tropicales. L’espèce cultivée, Solanum tuberosum, serait une sous- espèce dérivant de Solanum tuberosum andigena. (Marcel, 2002).

3.       Les caractéristiques de la pomme de terre

3.1.      Les caractéristiques botaniques

La pomme de terre est une plante herbacée vivace (FAO, 2008), dicotylédone de la famille des Solanacées ; qui se propage par multiplication végétative et qui est cultivée comme une espèce annuelle (ROUSSELLE et al., 1992 ) ; la plante comporte à la fois des tiges aériennes et des tiges souterraines (Debelley, 1967).

3.2.      Taxonomie

Selon BOUMIIK (1995), la position systématique de la pomme de terre est la suivante :

  • Embranchement : angiospermes
  • Classe : dicotylédones
  • Sous classe : gamopétales
  • Ordre : polmoniales
  • Famille : solanacées
  • Genre : solanum
  • Espèce : Solanum tuberosum L.

3.3.      Les caractéristiques morphologiques

 Selon BAMOUH (1999), Les différentes espèces et variétés de pommes de terre ont des caractéristiques botaniques différentes. C’est pour cela qu’il est nécessaire de connaître les différentes parties de la plante :

3.3.1.       Partie aérienne

  • La tige

Les tiges aériennes composent de plusieurs tiges et rameaux feuillés dont le nombre peut varier de 01 à 10 ont un port plus ou moins dressé, le nombre de tiges est influencé par : Le calibre du plante, son âge physiologique et les conditions de conservation et de germination. (BAMOUH, 1999 ; GRISON, 1983)

  •   La feuille

Les feuilles sont alternes et disposées en spirale ; chacune est composée de 03 à 05 paires de folioles de taille hétérogènes où toutes petites folioles s’intercalant par paires entre les plus grandes et emportés sur un pétiole terminé par une foliole unique (feuille imparipennée) (NEGGAZ, 1991 ; Anonyme, 2003) elles sont permettant par leur différence d’aspect et de coloration de caractériser les variétés.(BAMOUH, 1999)

  •  La fleur

Les fleurs sont disposées sur une inflorescence en cyme bipare, peut comporter 08 à 10 fleurs ; et portée par un pédoncule plus ou moins long, fixé généralement au sommet de la tige. Elle est construite par 05 sépales, 05 pétales, 05 étamines et 02 carpelles.

Les fleurs ont des couleurs différentes blanches, bleutées, violacées et rouge-violacées ; la coloration des fleurs est en fonction des variétés (GRISON, 1983) .Ils sont généralement autogames ; ces fleurs donnent des fruits en forme de baie contenant des graines ; mais souvent stériles. (SOLTNER, 1979)

  •     Le fruit et la graine

Le fruit est une baie sphérique ou ovoïde de 01 à 03 centimètres de diamètre, de couleur verte ou brun violacé, jaunissant à maturité, il contient généralement plusieurs dizaines de graines petites, plates, réniformes et blanchâtre ; (Anonyme, 2003 ; ROUSSELLE et al. ,1996

) Les graines de la pomme de terre ne sont utilisées qu’en amélioration génétique afin d’obtenir de nouvelles variétés.(BAMOUH, 1999)

3.3.2 Partie souterraine

Le système souterrain représente la partie la plus intéressante de la plante puisqu’on y trouve les tubercules qui confèrent à la pomme de terre sa valeur alimentaire.

L’appareil souterrain peut être profond et comprend le tubercule mère desséchée et des tiges souterraines ou stolons (BERNHARDS, 1998).

  •  La racine

Les racines, nombreuses et fines, fasciculées et peuvent pénétrer profondément le sol, s’il est suffisamment meuble. (SOLTNER, 1979).

  •  La tige souterraine

Les tiges souterraines ou rhizomes, ou stolons, sont courtes et leurs extrémités se renflent en tubercules. (SOLTNER, 1979).

  • Le tubercule

Ces tubercules sont les organes de conservation qui permettent de classer la pomme de terre parmi les plantes vivaces à multiplication végétative (SOLTNER, 1979).

Figure N° 1 : Caractéristiques morphologiques de la pomme de terre (FAO, 2008)
Figure N° 1 : Caractéristiques morphologiques de la pomme de terre (FAO, 2008)

3.4.      Cycle de la vie de la pomme de terre

3.4.1 Cycle végétatif

En partant du stade tubercule germé, le cycle végétatif de la pomme de terre comprend quatre étapes :

  • Stade de germination

Tel que défini par l’échelle BBCH, le stade de germination est accompli lorsque les plantes émergentes : ” les tiges et les cotylédons percent la surface du sol “. Les plantes de pommes de terre devraient émerger au cours des trois premières semaines.(Blom-Zandastra, 2017)

  • Stade de développement végétatif

Après la germination les germes se transforment en tiges, qui deviennent des rameaux aériens ou des stolons .Cette étape est caractérisée de la formation des premières tiges aériennes avec apparition des premières feuilles en même temps que les racines commencent leur élongation et leur ramification (GRISON, 1983). Pendant cette période, la plante est dépendante des réserves du tubercule mère (BERNHARDS, 1998).

  •  Stade de la tubérisation

Au bout d’un temps variable selon, la variété et le milieu, les extrémités des stolons cessent de croître et serenflent pour former les ébauches de tubercules. Les tubercules continuent de grossir tant que la partie végétative de la plante n’est pas entrée en sénescence. (PERENNEC et MADEC, 1980).

  • Stade maturation des tubercules et de sénescence de la plante

Cette phase dure environ trois semaines ; le tubercule se caractérise par la formation de la peau définitive et leur durcissement et aussi la sénescence de la plante, par la chute des feuilles et l’affaiblissement du système racinaire et les tubercules atteignent leur maximum de développement. (PERENNEC et MADEC, 1980).

Figure N° 2 : Les stades de développement des plantes de pommes de terre tout au long de la saison (FAO, 2008)
Figure N° 2 : Les stades de développement des plantes de pommes de terre tout au long de la saison (FAO, 2008)

3.4.2.     Cycle sexué

La pomme de terre est très peu reproduite par graines dans la pratique agricole, cependant la graine est l’outil de création variétale (SOLTNER, 2005a).

La germination est épigée et les cotylédons sont portés au-dessus du sol par le développement de l’hypocotyle. En conditions favorables, quand la jeune plante a seulement quelques centimètres de hauteur, les stolons commencent à se développer d’abord au niveau des cotylédons puis aux aisselles situées au-dessus, et s’enfoncent dans le sol pour donner des tubercules (BERNHARDS, 1998).

Figure N° 3 : Cycle de la pomme de terre par reproduction sexuée (ROUSSELLE et al., 1996)
Figure N° 3 : Cycle de la pomme de terre par reproduction sexuée (ROUSSELLE et al., 1996)

4.       Exigences écologiques de la pomme de terre

4.1.      Exigences climatiques

  • Température

Elle influence beaucoup le type de croissance. Les hautes températures stimulent la croissance des tiges ; par contre les basses températures favorisent d’avantage la croissance du tubercule où ;

  • La température optimale se situe entre 5° et 20°C.
  • Au-dessous de 10 °C, la croissance est réduite et la partie aérienne de la plante gèle à 1° C.
  • Au-delà de 29°C, la tubérisation est inhibée (LAUMONIER, 1979 ; BAMOUH, 1999).

 

  • Lumière

La pomme de terre est une plante héliophile. Ses besoins en lumière sont importants surtout pendant la phase de croissance. Ce facteur est déterminant pour la photosynthèse et la richesse en fécule des tubercules. (MOULE, 1972).

  •  L’humidité

La pomme de terre est une culture de la zone tempérée. Elle exige une humidité abondante et régulière. La plante a besoin de grandes quantités de pluie, parce que 95 % de l’eau absorbée par les racines passe dans l’air par transpiration

Dans des meilleures conditions, la pomme de terre utilise 300 grammes d’eau pour former un gramme de matière sèche en période de forte tubérisation. (Vanderzaag, 1980 in Nedjar, 2000).

4.2.      Exigences édaphiques

  • Structure et texture du sol

La plupart des sols conviennent à la culture de la pomme de terre à condition qu’ils soient bien meubles aérés, profonds, fertiles (riches en matières organiques bien décomposées) et suffisamment alimentées en eau.

Un sol à température élevée provoque lapourriture des semences et réduit le taux de germination.( SOLTNER, 1988 ; BAMOUH, 1999 )

  • PH

La nature du sol influe beaucoup sur la qualité des tubercules et sur les rendements, où la pomme de terre peut donner de bons rendements dans les sols légèrement acides (pH = 5,5 à 6) ; néanmoins elle peut s’adapter aux sols faiblement alcalins.(MOULE,1972 ; Dubelley, 1967).

  • Salinité

La pomme de terre est relativement tolérante à la salinité des sols ou de l’eau d’irrigation par rapport aux autres cultures maraîchères. Cependant, un taux de salinité élevé peut bloquer l’absorption de l’eau par le système racinaire. (Haverkorte et al., 1994 ; BAMOUH, 1999)

4.3.      Exigences hydriques

Après la levée, la pomme de terre est particulièrement sensible aux déficits et à l’irrégularité d’alimentation en eau. La principale cause tienne à la faiblesse naturelle de son système racinaire (Rousselle et al., 1996).

5.       Techniques culturales de la pomme de terre

5.1.      Préparation du sol

La préparation du sol consiste à assurer un bon contact entre la plante (ou tubercule) et le sol, la levée ainsi que le développement du système racinaire vont généralement tarder si le sol est mal préparé où :

  • Le sol doit être préparé sur une profondeur d’au moins 25-30 cm. Une telle couche meuble favorise l’aération du sol, assure un bon développement racinaire et facilite le
  • épandage de la fumure organique et des engrais phospho-potassiques.( BAMOUH, 1999)

5.2.      Fertilisation

Vu la durée du cycle végétatif très court (03 à 04 mois), la rapidité de croissance et le système racinaire qui n’est pas assez profond ; la fertilisation demeure l’un des facteurs les plus importants pour une bonne production de pomme de terre.

La pomme de terre est très exigeante en fumure organique et pour éviter les risques de carence, la fumure organique doit être complétée par la fumure minérale où les éléments les plus importants pour la plante sont : N – P – K – Mg et Ca.

Chacun des principaux éléments minéraux agit différemment sur le développement des organes de la plante.

Le phosphore favoriserait la formation de tubercules nombreux et petits, tandis que le potassium, facilitant la synthèse des glucides dans les feuilles et leur migration vers les tubercules.

L’azote doit être localisé au niveau des billons, tout en évitant le contact direct entre les plantes et l’engrais. L’azote favorise le développement foliaire, puis la formation et le grossissement des tubercules. Elle est dans un premier temps stockée dans le feuillage de la plante, puis il migre dans le tubercule   au fur et à mesure du grossissement.( BAMOUH, 1999)

5.3.      Plantation

Elle est fonction de la zone de production, de la nature des sols, des conditions climatiques et de la variété choisie ; la pomme de terre est cultivée durant en trois saisons différentes où :

  • Primeurs : plantation 15 novembre – 15 janvier.
  • Saison : plantation 15 janvier -15 mars.
  • Arrière-saison : 15 août -15 (BOUFARES, 2012 ; Anonyme, 1993).

5.4.      Irrigation

La pomme de terre est très sensible à la fois au déficit hydrique et à l’excès d’eau. Une courte durée de sécheresse peut affecter sérieusement la production. De même un excédent d’eau entraîne l’asphyxie des racines et la pourriture des tubercules. Une forte humidité favorise aussi le développement du mildiou.

Les besoins hydriques de la pomme de terre s’évaluent entre 400 et 600 mm selon, les conditions climatiques, le type de sol et la longueur du cycle. (BAMOUH, 1999)

5.5.        Récolte et conservation

Le cycle des variétés le plus cultivé est environ de 03 à 04 mois. La maturité est indiquée par le jaunissement des feuilles inférieures, dessèchement des tiges et la fermeté de la peau de tubercule.

Pour assurer une bonne conservation, seuls les tubercules non blessés sont à conserver. Les conditions idéales de conservation sont les suivantes :

  • température : 02 à 04°C pour la pomme de terre de semences, 04 à 08°C pour la pomme de terre de
  • Humidité relative : 90 à 95% tout en évitant l’accumulation de CO2 par ventilation. (BAMOUH, 1999)

6.       Les maladies et les ravageurs de la pomme de terre

Parmi les plantes cultivées, la pomme de terre est l’une des plus atteintes par les maladies.

Les maladies cryptogamiques, bactériennes et virales surviennent généralement à la suite de blessures, occasionnées par des ravageurs ou lors de la récolte. Elles peuvent aussi être directement véhiculées par certains ravageurs.

  • Maladies cryptogamiques : mildiou (Phytophtora infestans)
  • Maladies bactériennes : galle commune (Streptomyces scabies)
  • Maladies virales : virus de l’enroulement ou PLRV
  • Insectes et ravageurs : teigne (Photmea opercullila) (BAMOUH, 1999)

7.    L’intérêt de pomme de terre

7.1.      Économiquement

La pomme de terre est la deuxième culture vivrière par son importance au monde après les céréales. Elle joue un rôle important dans l’économie de nombreux pays et peut présenter une solution aux problèmes de déficit alimentaire mondial (Rajnchapel, 1987).

Aujourd’hui, dans de nombreux pays en développement, les ménages agricoles les plus pauvres et sous-alimentés dépendent de la pomme de terre comme source principale ou secondaire d’alimentation et de nutrition.

Tableau N° 1: Les principaux producteurs de pomme de terre au monde (FAOSTAT, 2016)

Pays producteurs Production en 2016 (tonne)
Chine 99.065.724
Inde 43.770.000
Fédération de Russie 31.107.797
Ukraine 21.750.920
États-Unis d’Amérique 19.990.950
Allemagne 10.772.100
Bangladesh 09.474.099
Pologne 08.872.445
France 06.834.680
Pays-Bas 06.534.338

7.2.      L’utilisation de la pomme de terre

Une fois récoltée, la pomme de terre peut être utilisée de diverses manières et pas seulement comme légume. En fait, moins de la moitié des tubercules produites dans le monde sont consommés frais. Le reste est transformé en produits dérivés et en ingrédients alimentaires pour nourrir les vaches et les poulets, en fécule destinée à l’industrie ou bien réutilisée sous forme de plantes pour la prochaine saison agricole.(FAO, 2008)

7.2.1.       Usage alimentaire

Riche en glucides, en potassium, en magnésium aussi en fibres, la pomme de terre est considérée comme un légume complet et participe à un bon équilibre alimentaire associé à un régime varié. Elle contient une quantité impressionnante de vitamines et de minéraux ayant des effets bénéfiques pour la santé. (FAO, 2008)

7.2.2.       Usage industriel

La fécule de pomme de terre est aussi utilisée par les industries pharmaceutiques, textile, du bois et les papeteries comme adhésif, liant, apprêt et mastic. C’est un substitut 100 % biodégradable des polystyrènes et autres matières plastiques servant par exemple à fabriquer les assiettes et les couverts jetables.

Les pelures de pomme de terre et autres déchets « sans valeur » de l’industrie de transformation de la pomme de terre sont riches en amidon, qui peut être liquéfié afin de produire de l’éthanol pour la production de combustibles. D’après une étude réalisée dans la province canadienne du Nouveau-Brunswick, productrice de pommes de terre, avec 44 000 tonnes de déchets issus de l’industrie de transformation, on pourrait produire 04 à 05 millions de litres d’éthanol. .(FAO, 2008)

8. Conclusion

La pomme de terre (Solanum tubersum L.) est une plante herbacée, originaire de la Cordillère des Andes dans le sud-ouest de l’Amérique du Sud, introduite en Algérie une première fois au XVIe siècle par les Maures andalous.

Elle appartient à la famille des solanacées, contient les caractéristiques très diverses surtout les morphologiques qui considèrent les facteurs essentiels de classification.

Leur besoin cultural réside de les sols meubles aérés, profonds, fertiles et suffisamment alimentées en eau, aussi est très sensible pour les maladies et les ravageurs et les différentes exigences écologiques telles que climatique, édaphique…

La pomme de terre est l’une des cultures vivrières les plus importantes au monde où elle joue un rôle clé dans l’économie de nombreux pays aussi le système alimentaire ; et le domaine industriel à l’échelle mondiale.

Source:

BELAID, Nour El Houda et BOUHAMDA, Afrah 2018 . Contribution à l’étude de la possibilité de culture de la pomme de terre sous couvert de déchets végétaux (mulch) et son impact agro-économique et écologique dans la région d’el OUED.

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