Phytopathologie - cours

La lutte contre les Meloidogyne

La lutte contre les Meloidogyne Evaluation de l'efficacité des huiles essentielles de quelques plantes contre Meloidogyne incognita

Dans le cas des nématodes, il est assez rare que l’emploi d’une seule méthode de lutte ait l’effet durable satisfaisant. De ce fait, la lutte nécessite la combinaison de plusieurs méthodes chimique, biologique et culturale.

1- Les mesures prophylactiques :

La prophylaxie comprend l’ensemble des précautions à prendre pour éliminer toute source de contamination des zones indemnes et de limiter la multiplication du nématode. Elles consistent à utiliser des plants sains et désinfecter le fumier ou le terreau au niveau des pépinières (De Guiran, 1983).

2- Les méthodes culturales :

La conséquence des pratiques agricoles est la principale cause des dégâts dus aux nématodes. Parmi ces méthodes nous citons :
– la rotation des cultures: elle a pour but d’introduire dans le système cultural des espèces non hôtes. En générale, cette technique reste difficile à appliquer vu la polyphagie des Meloidogyne (Viane et al., 2006).

  • les labours profonds: pendant les périodes sèches, ils permettent la diminution des populations de nématode par déssiccation (Harranger, 1971).
  • la jachère : elle empêche le développement des nématodes sans entraîner leur disparition complète du sol (Everts et al., 2006).

3- La lutte génétique :

Elle se manifeste par l’utilisation de cultivars sélectionnés et résistants aux  nématodes. A l’heure actuelle, l’utilisation des variétés résistantes constitue la méthode de lutte la plus satisfaisante contre ces nématodes que ce soit en terme d’efficacité économique ou du respect de l’environnement
Les plantes définies comme résistantes sont celles dont l’expression des gènes réduit ou prévient le développement du nématode.
Cependant, l’utilisation de ces variétés se heurte souvent à l’apparition des populations virulentes de nématodes qui arrivent à contourner la résistance qui peut limiter l’efficacité de ce moyen (Castagnone –Sereno, 2002).

4- Les méthodes chimiques :

Les moyens employés consistent à désinfecter les sols contaminés à l’aide de nématicides fumigants agissant par leur vapeur toxique qui saturent l’atmosphère en remplissant les pores du sol et tuent les nématodes par asphyxie. Leur emploi est difficile et nécessite un appareillage assez complexe et sont utilisés avant la mise en place des cultures (Whitehead, 1998).
Les sols sont traités par des nématicides systémiques qui sont représentés par les carbamates (Aldicarbe, Carbofuran) et les organophosphorés (Ethoprophos, Phenaniphos, Cadusaphos). Ce sont des traitements réalisés pour protéger les cultures en  place,  ils agissent par ingestion et empêchent la pénétration des nématodes dans les plantes hôtes en inhibant la sécrétion de l’acétylcholinestérase, ils ne nécessitent pas de matériels spécialisés et sont faciles à l’emploi (Whitehead, 1998).
Les nématicides homologués en Algérie sont représentés en Annexe (1).
En effet, les produits fumigants polluent les nappes phréatiques et laissent des résidus dangereux pour les consommateurs, c’est ainsi que certains pays d’Europe (Suisse, Hollande, Allemagne) ont déjà interdit l’emploi de ces gaz nématicides (Djian-Caporalino, 1991).
Les nématicides systémiques à leurs tours empoisonnent la sève des plantes en  laissant dans celles-ci des résidus extrêmement toxiques.
En conséquence, l’utilisation de ces produits phytosanitaires est remise en question   du fait des problèmes qu’ils peuvent présenter au niveau sanitaire ou environnemental. De ce fait, il est nécessaire de développer d’autres méthodes de lutte.

5- Les méthodes physiques: 

Divers procédés physiques sont employés pour lutter contre les Meloidogyne, parmi les plus utilisés nous avons la solarisation du sol, appelée également chauffage solaire, recouvrement plastique, paillage plastique, pasteurisation des sols, ou encore désinfection solaire (Jones et al., 1997; Siddiqui,2005).
C’est une méthode hydrothermique qui désinfecte le sol. Elle consiste à recouvrir le sol avec un film plastique transparent pendant les périodes d’intenses radiations solaires pour une durée de 4 à 8 semaines pour éliminer les agents pathogènes (Katan , 1987). L’efficacité de cette technique dépend de la nature, l’épaisseur et la couleur du film (Katan, 2000). Le mode d’action de cette technique est d’ordre physique, chimique et biologique (Stapleton, 2000 ; Siddiqui ,2005; Wang et al., 2006; Kaskavalci, 2007).
De nombreuses études ont mis en évidence l’efficacité de la solarisation du sol contre les nématodes et particulièrement contre les Meloidogyne. A ce titre, Ravindra et al., (2001) rapportent une réduction de la population de Meloidogyne sp et une augmentation de la production des plants du tabac (Nicotiana tabacum)après un traitement solaire de quatre semaines.
Une diminution de plus de 95% des effectifs de Meloidogyne incognita sur plants d’olivier (Olea europea) en pépinière ont été rapportés par Castillo et al., (2003).
Selon Siddiqui, (2005) une réduction de 83% à 100% de la population de Heterodera sp. et de 95% pour Globodera rostochiensis a été identifiée sur fève (Vicia fabae).
Cette technique est également éfficace contre les champignons Phythophthora  capsici, Fusarium oxysporum, Verticillium dahlia, Rhizoctonia spp. et Pythium spp (Morra et al., 2005) , les bactéries (Clavibacter michiganensis) (Antoniou et al.,1995) ; les plantes parasites (Orobanche crenata et Orobanche ramosa) (Stoll, 2002) . Les mauvaises herbes appartenant à plusieurs familles botaniques sont également sensibles à   la solarisation du   sol : Convolvulus arvensis (Convolvulaceae),Amaranthus hibridus (Amaranthaceae), Malva parviflora (Malvacea), Portulaca oleracea (Portulacaceae), Sonchus  oleraceus (Asteraceae). Certaines espèces comme Cyperus esculentus (Cyperacea) résiste à la solarisation du sol (Sellami et Lounici ,2000 ; Saldivar et al., 2003).

6- La lutte biologique :

Selon Djian-Caporalino et Panchaud-Mattei, (2002), la lutte biologique contre les nématodes emploie des microorganismes en se basant sur un principe simple « aider la nature». Ces microorganismes se trouvent en faible quantité dans les sols naturels. L’incorporation en quantités suffisantes de ces agents dans le sol favorise leur action spécifique contre les populations de nématodes. Les plus connus et les plus utilisés sont les bactéries et les champignons nématophages. Ces derniers peuvent être prédateurs ou endoparasites.

*Les champignons prédateurs:

ils appartiennent aux Hyphomycètes et se  caractérisent   par leurs capacité à produire des organes de captures tels que les anneaux constricteurs, les boutons adhésifs, les réseaux ou encore les spires qui piègent les nématodes dans le sol suite à un processus de reconnaissance spécifique entre  le champignon et le nématode; c’est le  cas des genres Arthrobotrys, Dactylella et Dactylaria (Cayrol et Frankowski, 1979).
Plusieurs champignons ont été étudiés en vue de sélectionner des souches aptes à piéger les larves de nématodes .Ainsi, le genre Arthrobotrys a été exploité à l’échelle mondiale et a fait l’objet de commercialisation (Cayrol et Frankowki ,1979). Cependant, des exigences édaphiques particulières pour son implantation dans le sol et sa non compétitivité vis à vis des nématicides n’ont pas permis son développement et le succès attendu (Whitehead, 1998).
De nouvelles souches plus performantes, des techniques de production moins onéreuses et des méthodes de conservation sans chaîne de froid font l’objet d’actuelles recherches.

*les champignons endoparasites :

nous citons : Paecilomyces lilacinus : ce champignon hyphomycète pénètre directement  dans  l’œuf du nématode après formation d’un appressoria, cette infection est assurée par la production des leucotoxines, des chitinases et des protéases. Il a une capacité considérable à réduire les masses d’œufs et les galles formées par Meloidogyne incognita sur racines de tomate, cette baisse peut être de l’ordre de 74% et 66%. Il est très éfficace également contre les genres Globodera et Heterodera (Kiewnick et Sikora, 2006a; Kiewnick et Sikora,  2006b).
Ce champignon (souche 251) a été est commercialisé par la société BIO-AC Technologie et n’est adapté qu’aux conditions tropicales : températures élevées et PH acides (Richardson et Grewal; 1993;Djian-Caporalino et Panchaud-Mattei, 2002). Actuellement, il est utilisé comme un nématicide biologique sous le nom commercial de Melecon  WG  (water dispersible granule formulation) (Kiewnick et sikora, 2006b).

*Pochonia chlamydosporia (= Verticillium chlamydosporium):

Il présente une aptitude parasitaire limitée aux stades de l’embryogénèse, et une propriété importante qui réside dans l’aptitude de former  de  nombreuses  chlamydospores  qui  sont  libérées  dans les sols, lorsqu’il se trouve en conditions favorables, il produit des protéinases ayant une activité nématicide contre les oeufs des nématodes (O’flaherty et al., 2003; Mayer et al.,  2004 ; Van Damme et al. 2005).
Selon Verderjo –Lucas et al., (2003), le peu de succès qu’a connu la lutte biologique est due essentiellement à la méconnaissance de l’écologie de ces organismes, et  la  réceptivité du sol qui reste très variable. De ce fait, peu d’applications sont disponibles et celles qui existent ne sont utilisées qu’à des situations exceptionnelles.

*Les bactéries:

Selon Starnes et al., (1993), plus d’une centaine de bactéries ont été  identifiées comme ayant un potentiel d’utilisation en lutte biologique. Ces bactéries appartiennent essentiellement à trois grandes familles qui sont les Bacillaceae, les Enterobacteriaceae, et les Pseudomonaceae. A l’heure actuelle, Pasteuria penetrans est l’espèce qui fait l’objet d’études de plus en plus poussées (Djian-Caporalino et Panchaud-Mattei, 2002). C’est un endoparasite obligatoire dont les spores disséminées dans le sol se fixent sur la cuticule des juvéniles, des femelles et des mâles de Meloidogyne arenaria, Meloidogyne javanica, Meloidogyne incognita  et produisent un tube germinatif  qui perfore la cuticule, pénètre  dans la cavité générale où se ramifie pour constituer le thalle qui donne naissance à des milliers de spores. (Richardson et Grewal, 1993; Davis et Williamson, 2006).
Carneiro et al., (2004) mentionnent que les endospores de Pasteuria penetrans s’attachent aussi sur Meloidogyne hapla, Meloidogyne exigua, Meloidogyne graminicola et Meloidogyne mayaguensis trouvées au niveau des plants de caféier (coffea arabica).
D’autres rhizobactéries comme Pseudomonas aeruginosa et  Pseudomonas fluorescens peuvent diminuer les dommages causés par les Meloidogyne (Siddiqui et Shaukat, 2004).
Enfin, la grande spécificité d’action de ces bactéries et leur efficacité dans des conditions climato- édaphiques bien définies présentent un obstacle pour son utilisation pratique,de même leurs applications pratiques à grande échelle ne sont pas encore envisageables.

*Substances naturelles ou Extraits végétaux:

 D’après Kadioglu et Yanar (2004), les plantes sont capables de synthétiser plusieurs milliers de substances chimiques pour se protéger contre les maladies, les organismes nuisibles. Ces produits peuvent être exploités pour l’élaboration de biopesticides qui seront bénéfiques non seulement pour l’environnement mais également pour la santé humaine.
De nombreuses plantes sont traditionnellement employées par les populations africaines, asiatiques, brésiliennes pour éliminer les nématodes phytophages.
Elles sont utilisées comme engrais verts dans les assolements ou sous forme de broyats, d’amendements incorporés au sol ou bien comme huile essentielle (annexe 2) .Ces végétaux peuvent agir de différentes manières, soit par effet nématostatique tels que : le sésame Sesanum indicum (Pedaliaceae) et le gombo Abelmoschus esculentus (Malvaceae) qui exsudent des amino-acides provoquant ainsi la paralysie des larves de Meloidogyne (Djian- Caporalino et Panchaud-Mattei, 2002). Ou bien comme inhibiteur de l’éclosion des œufs comme l’éragrostide : Eragrostis curvula (Poaceae) qui a un effet ovicide sur les Meloidogyne ou en empoisonnant les nématodes et provoquant la mort, c’est le cas du coriandre Coriandrum sativum (Apiaceae) (Djian-Caporalino et al., 2005).
De nombreux travaux ont montré l’efficacité des extraits de plusieurs plantes appartenant à plusieurs familles botaniques vis à vis des nématodes phytophages et particulièrement des Meloidogyne comme les Asteraceae( Tagetes spp, Artemisia spp ), les Zygophyllaceae (Peganum harmala), les Fabaceae ( Crotalaria spp), les Meliaceae ( Melia azedarach , Azadirachta indica ), les Lamiaceae ( Origanum spp, Ocimum basilicum Etc)(Sellami et Zemmouri , 2001 ; Wang et al., 2003 ; Sellami et Mezerket , 2006 ; El Allagui et al., 2006 ).
Des études récentes citent l’activité nématicide des algues qui agissent d’une manière similaire que les plantes nématicides. Ainsi, la combinaison de trois algues bleues ou cyanophycées (Anabena oryzae, Nostoc calciola, Spirulina spp.) utilisées comme amendement organique possèdent un effet nématicide sur Meloidogyne incognita (Stoll, 2002).
En plus de ces extraits, des études plus poussées ont permis l’identification des composés volatiles appelés huiles essentielles qui possèdent des activités pesticides vis-à-vis de nombreux bioagresseurs.

7- La lutte intégrée :

La lutte intégrée repose sur l’association de plusieurs méthodes afin de maintenir les populations à un niveau assez bas pour que les dégâts occasionnés soient économiquement tolérables (Whitehead, 1998).
Ce système de lutte permet d’assurer une réduction plus durable et plus efficace des populations des nématodes et contribue à réduire les risques associés à l’emploi exclusif des pesticides. Enfin, les caractéristiques biologiques, les espèces misent en cause, l’utilisation   et le développement des populations à partir des cultures et la spécificité de chaque zone entrent dans la détermination des systèmes de lutte intégrée.

Source:

MEZERKET, Amina 2010 . Evaluation de l’efficacité des huiles essentielles de quelques plantes contre Meloidogyne incognita (White et Kofoid, 1919) Chitwood 1949 ( Nematoda : Meloidogynidae)

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